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 [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia

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Ellia D. O'Brian
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MessageSujet: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Jeu 12 Juil - 12:59

    Le dîner se déroulait normalement. Enfin pour l’instant. Ellia était assise à sa place habituelle, et échangeait quelques mots avec Djenara, la nouvelle professeur de Sortilèges, tout droit arrivée des Etats-Unis. Elle était sympathique. Oh Ellia n’allait pas s’en faire une amie non, elle avait du mal à s’ouvrir aux autres de toute façon, mais de temps en temps, elles partageaient quelques mots divertissants. Sans compter qu’elles partageaient la même salle de classe, alors, il fallait bien créer le lien. Bref tout se passait le plus normalement du monde à la table des professeurs. Ellia avait même jeté un coup d’œil à Elrik qui se trouvait non loin. Celui-ci avait l’air plongé dans ses pensées. Ellia esquissa un petit sourire. Elle ne se ferait probablement jamais au fait que son ami priait. Encore une chose qu’elle avait oubliée à propos des jumeaux. Elle ressentit un violent pincement au cœur en repensant à Corwin et à ce qu’Elrik lui avait dit deux jours plus tôt. Elle avait essayé de ne pas trop y penser et aimerait que cela reste ainsi.

    Alors qu’elle observait d’un regard totalement vide, plongée dans ses pensées, son ami, Ellia remarqua le hibou qui se posa devant le maître des potions de Poudlard. Ce dernier ne réagit pas. Elle revint à la réalité, lorsque le hibou décida de se faire entendre. Elrik ne réagissait pas, et l’animal commençait à faire drôlement du bruit. Ellia ne pouvait pas détacher son regard de son ami, elle était bien trop curieuse de savoir comment il allait réagir. Et curieuse comme elle était, elle aurait également bien aimé savoir qui écrivait à Elrik. Mais elle se frappa mentalement. Ce n’était pas du tout ses affaires, il avait sa vie à lui ! Ils avaient d’ailleurs tellement à rattraper tous les deux ! Elle ne connaissait rien de sa vie depuis Poudlard. Elrik la regarda alors qu’il prenait la lettre des pattes du hibou, et elle esquissa un petit sourire avant de retourner à son assiette. Elle n’avait pas à être indiscrète comme ça.

    Mais elle ne pu s’empêcher d’observer son ami alors qu’il lisait sa lettre. Ses expressions changèrent au fur et à mesure de sa lecture, et lorsqu’il la plia d’un coup sec, Ellia détourna le regard, genre j’ai rien vu ! Elle fit style de n’avoir rien remarqué lorsqu’il trébucha, puis se rattrapa à la chaise, avant de passer derrière tous les professeurs pour sortir de la salle. C’était bon. La curiosité d’Ellia avait été piquée à vif ! Quel genre de lettre pouvait faire bondir Elrik de sa chaise et le faire quitter aussi vite le dîner ? Elle le regarda quitter la grande salle, lui faire un petit signe auquel elle répondit d’un sourire. Puis elle pouffa lorsqu’il se prit la porte, juste avant de disparaître.

    Oh non Elrik Monroe, ne crois pas que tu vas t’en sortir comme ça ! Ellia voulait savoir où il allait.

    A son tour, elle se leva donc de table et quitta la grande salle. Elle avait sa cape sur elle, Merlin soit loué. Elle aurait largement préféré passer le vieux pull de Corwin, mais il était dans les mains de quelqu’un d’autre pour le moment… Dans le hall, discrète comme une ombre, elle mit sa capuche sur ses longs cheveux bruns, et suivit Elrik, qui quittait le château.
    Elle marcha sur ses pas, laissant de bons mètres entre eux, ne voulant pas se faire repérer, ne faisant aucun bruit. Jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’entrée de Pré-Au-Lard. Mais que venait faire Elrik par ici ? Il venait de rejoindre un jeune homme blond, qui paraissait plus jeune qu’eux. Celui-ci était accompagné de deux créatures magiques, des montures. Sombral. Ellia les voyait aussi. Depuis qu’elle avait perdu sa grand-mère, lors de sa deuxième année à Poudlard, qu’elle avait vu mourir dans son lit. Toujours silencieuse, cachée derrière un buisson, Ellia écoutait la conversation des deux hommes.

    Apparemment l’homme s’appelait Caine. Comme Caine Skellig ? C’était tout à fait probable, vu la chevelure blonde de l’homme. Décidément, les Skellig étaient de partout et pas seulement à Poudlard ! Elle regarda les deux hommes enfourcher leurs montures et s’éloigner dans les cieux.
    Ellia attendit quelques minutes après leur disparition. Ils allaient à Londres. Mais qu’est ce qu’Elrik foutait avec un homme comme Caine Skellig ? Ellia voulait savoir. Aussi, elle retourna au château. Elrik ne serait pas de retour avant plusieurs heures, c’était certain. Du coup, comme si de rien était, elle vaqua à ses occupations jusqu’à ce que les élèves aillent se coucher. Puis, prenant un bouquin, elle descendit dans le hall, se posa sur les marches froides du grand escalier, et attendit. Attendit quoi ? Qu’Elrik rentre pardi !

    Enfin, aux alentours de minuit, la porte d’entrée du château s’ouvrit, laissant apparaître Elrik. Ellia leva la tête de son bouquin et le regarda, droit dans les yeux. Avec un ton infiniment ironique et chargé d’humour à la Ellia, elle lui adressa la parole. « Alors Monsieur Monroe, c’est à cette heure là qu’on rentre ? Est ce qu’on peut savoir où vous étiez ? » Et elle lui fit un sourire éclatant. Jamais elle ne perdrait cette habitude de jouer les mamans avec les jumeaux… Enfin avec Elrik.


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Elrik H. Monroe
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MessageSujet: Re: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Jeu 13 Sep - 18:49

    Le trajet en poudre de cheminette acheva de l’ébranler pour de bon. Ce n’était pas aussi rude qu’un transplanage, mais il en fallait peu, à ce moment précis, pour le faire chavirer.

    Elrik Monroe posa un pied puis un autre hors de l’âtre. Il ne prit même pas la peine d’essuyer la cendre échouée sur sa chemise verte ou son visage. Même s’il se retrouva à cracher ses poumons durant quelques secondes, sa main ne s’occupa que d’aller chercher le premier point solide sur lequel s’appuyer. Il ferma les yeux pour laisser à son cerveau le temps de se remettre à l’endroit.

    Enfoiré de cerveau. Ce dernier refusa de retrouver un semblant de stabilité. Loin s’en faut. Merde, merde, merde. Le sol se dérobait à chaque pas qu’il faisait, bien qu’il s’accrochât dur comme fer à la table et aux chaises posées sur sa route. Le déséquilibre ne l’incitait pas pour autant à s'arrêter, à prendre le temps de se calmer. Il ne s’excusait pas non plus auprès des personnes qu’il bousculait sur sa progression. Les chaises auxquelles il se raccrochait portaient des gens, encore. Oui, il était tard. Jamais trop tard pour les habitués des Trois balais, où Elrik avait atterri. Autour les gens lui jetaient des regards interloqués, agacés pour certain. Troubler la bièraubeurre de minuit, franchement ! Mais la plupart restait totalement indifférents.

    Sauf un.

    A l’autre bout de la pièce, un jeune homme brun, tenant un torchon tournoyant entre les mains, attrapa la scène du regard et accompagna ainsi le chemin d’Elrik. Il venait de s’engouffrer dans les toilettes. Des types ivres à s’en rendre malades, Daren Eisenstone en voyait défiler. Mais cette fois-ci quelque chose l’avait interpelé d’une autre façon. Cet homme-là n’était pas un habitué. Il travaillait à l’école de sorciers d’à côté, il ne buvait jamais quand il mettait les pieds dans cette taverne. Ce qui n’était arrivé que deux ou trois fois.

    Suivant son instinct, comme d’habitude, le jeune allemand dirigea ses pas derrière ceux d’Elrik, feignant l'indifférence avec une certaine nonchalance. Or ce qu’il vit, en poussant la porte de la salle de bain mise à disposition des clients, ne le laissa pas de marbre.

    Le professeur de potions avait posé ses mains sur le miroir de la pièce. Son regard se déplaçait sur chaque recoin de sa surface, suivi par sa main. Doigts et prunelles glissaient sur le reflet dans une attitude fiévreuse. Ses yeux écarquillés, son souffle haletant… l’homme était pris d’une terreur, silencieuse mais indéniable. Est-ce qu’il était à ce point effrayé par son image ? Ou narcissique à outrance ? Se voir ivre le mettait-il dans tous ses états ? Allons ! Son mascara avait coulé ?! Quoi ! Tout était possible, selon Daren !

    L'allemand avait beau être discret, Elrik tourna la tête dans sa direction. Il le fixa durant plusieurs secondes, sans donner l'impression de le voir pour autant. Il ne siffla pas un mot, le considéra avec ce même air de panique contactant ses traits. Enfin comme si le jeune homme n'avait pas été là, il se détacha de lui sans une once de réaction à son égard.

    « Est-ce que tout va bien ? » demanda tout de même le serveur dans un anglais tinté d’un accent à couper au couteau. Ce soir-là, Daren n’avait pas pris de potion de langage, mais depuis son arrivée en Angleterre, il avait fait des progrès. Rien qui ne lui permette de tenir une conversation poussée, mais un minimum !

    Elrik ne sembla pas réagir au son de sa voix. Mais il secoua la tête, et soudain son poing heurta le miroir.

    « Il n’est plus là. » murmura-t-il aussitôt après. Cette fois-ci, le légionnaire paraissait s'adresser à Eisenstone, puisque sa tête s'était retourné vers lui. « Il n’est plus là ! Je ne le vois pas ! Je ne le vois plus ! Depuis deux jours ! Il n’est pas revenu ! Je veux qu’il revienne ! Je veux que… »

    Elrik avait balancé ce flot de mots comme l’on renvoie son dernier repas dans le fond de la cuvette des toilettes. Il inspira une bouffée d’air, pour se préparer à accueillir la prochaine remontée acide de pensées. Il se sentait incapable de les garder pour lui-même, tant la peur lui serrait les boyaux, la tête, le cœur, tout ce qui battait à l’intérieur du glaçon qui lui servait de corps. Celui-ci fondait, se liquéfiait, lui filait entre les doigts à une vitesse prodigieuse.

    « Je veux qu’il revienne ! » La boule de nerf contractant ses doigts percuta le miroir. Encore.

    Daren fut piqué d'un frisson, son regard allant du miroir à l’homme sans décider quant à ce qui l'indisposait le plus.

    Et les yeux de Monroe disparurent derrière sa main gauche, venue recouvrir sur son visage d'un geste empressé. L'autre s'appuyait toujours sur le miroir, alors il bascula tout son poids dans cette direction, se tassant dans une position courbée, pitoyable et impossible à refréner. Son cerveau lui donnait l’impression de dévaler une pente interminable, emporté par le courant de cette foutue liqueur. Dans un profond soupire, Rik redressa la tête pour ... vérifier. Une ultime fois. Rien. Juste la surface argentée, vide de toute existence dont l'insolant éclat lui écorcha les yeux, à force de le fixer. Rien auquel se raccrocher. Alors la pente s'accentua, Elrik s'y laissa chuter sans plus d’ambages. Son menton s'écrasa sur son buste, et son visage échoua à nouveau dans sa main. Corwin n’était jamais parti aussi longtemps. Elrik ne l’avait pas revu depuis les deux jours précédent. A ce moment-là, Ellia avait appris sa mort.

    En face, Daren glissa ses mains dans ses poches, puis les ressortit pour croiser les bras, avant de changer d’avis et de les laisser ballant le long de son corps. Hum. Finalement, il se gratta l’arrière de la nuque. Devant lui l'homme pleurait, sans qu'il ne sache quoi faire.

    Cela ne servait à rien de s’apitoyer sur son sort. Elrik le savait. Se laisser submerger par les émotions ? Attirer l’attention et la pitié ? Non, c’était comme un luxe qu’il n’avait pas envie de s’autoriser. Annihiler ce qu’il ressentait, c’était plus facile, plus sûr, ça lui permettait d'être efficace, à défaut d'être lavé de sa culpabilité. Mais ce soir, la panique et la fatigue l’avaient complètement abattu, lui comme sa volonté de demeurer le roc que rien se savait ébranler. Il ne se sentait pas la force de lutter. A cet instant précis, il n'était capable que de laisser couler des larmes, dans l’espoir qu’avec elles partirait cette substance nocive, ingérée dans un moment de faiblesse impardonnable. Elrik détestait pleurer. Finalement c'était tout ce qu'il méritait. Subir les assauts inadmissibles ds sanglots ébranlant son corps. Il n'était bon qu'à ça. Subir et courber l'échine. C'était grotesque mais c'était un juste retour de bâton. Il ne faut pas boire, point final.

    Elrik se retourna, dos au lavabo, dos au miroir. Il s’appuya contre le rebord de faïence et de bois, pour continuer à vider ses yeux de larmes brûlantes, sans plus être apte, au bout d'un moment à expliquer ce qui le faisait pleurer. L’absence de Corwin, le manque viscéral de ce point d’équilibre, la honte, le vide tapissant sa vie… un peu tout à la fois, mais rien de plus que d'habitude, rien qu'il n'était pas en mesure de supporter normalement. Lamentable.

    La présence du jeune homme, témoin d’une vulnérabilité que Monroe mettait d’ordinaire tant d’ardeur à ignorer, ne lui faisait ni chaud ni froid. De son côté, Daren n’avait pas bougé. Son embarras ne l’avait pas fait décamper, car bien vite, il s’était évanoui. Le serveur avait alors refermé la porte derrière lui, et s’était contenté d’attendre que l'orage passe. A juste titre. Plusieurs minutes s'écoulèrent, puis le corps d’Elrik cessa de vibrer sous les secousses de ses sanglots. Ses yeux se fermèrent sans plus verser aucune larme, sa poitrine se souleva dans un ultime et profond soupire. Daren sut que l'homme revenait à la surface. Elrik aussi. C’était terminé.

    Au travers de ses doigts pressé contre ses yeux, Elrik vit une ombre s'étendre à ses pieds. Il décela quelques mouvements, et enfin une voix. Il renifla comme un gamin, s'essuya le visage d'un revers de main. Son visage fut d'autant plus couvert de suie et de poudre de cheminette, mais ses larmes avaient foutu le camp. C'était toujours ça.

    « Potion de délivresse ?! »
    Elrik secoua la tête, tout en se redressant. Il sentait chaque muscle de son corps gémir de mécontentement. « Pas nécessaire. » Se soigner, et puis quoi encore ?! Il lui fallait rentrer à Poudlard, il irait chercher sa paillasse et dormir dehors. Voilà qui lui ferait du bien, lui remettrait les idées en place. Une nuit dans la froideur automnale.

    Daren rangea la fiole qu'il lui avait proposé, et après un instant d'hésitation, posa sa main sur l'épaule de ce grand type tout carré aux yeux tout rouges. Elrik se déroba de ce contact, avant qu'une quelconque chaleur ne le gagne, avant qu'il ne se sente redevable - bien qu'il le fût déjà, sans en avoir conscience pour le moment. L'allemand garda ses lèvres scellées sans chercher à insister. Il ne connaissait rien de cet homme, après tout. Mais sa détresse l'avait touché, et qu'importe l'attitude d'animal farouche, reculant loin de l'inconnu pour mieux prendre la tangente dont l'homme usait à présent. Daren savait qu'il avait bien fait de rester.

    Deux minutes plus tard, et Elrik s'était extirper des Trois Balais sans plus de cérémonie. Sa vision tanguait comme s'il se trouvait sur le pont d'un navire. Mais son esprit était vide. Il se brancha sur pilote automatique pour retrouver le chemin de Poudlard. Un pied devant l'autre, la nuque baissée, un bras le long du corps, et l'autre replié pour permettre à sa main de s'accrocher autour des deux croix dorées suspendues à son cou. Ses prières le guidèrent, le fond de l'air frais dissipèrent les résidus néfastes de ses sanglots. Son énergie, doucement, commençait à se renouveler. Il fallait bien que le Créateur permette à son serviteur de continuer ses tâches. C'était juste cela. Pour le reste, Elrik n'aurait qu'à vivre avec le honteux souvenir de cette soirée. Cela, normalement, il savait le faire.

    Il était plus de minuit quand le directeur des Poufsouffle s'insinua enfin dans le château. Il s'attendait à trouver le hall plongé dans l'obscurité, mais de vives lumières lui irritèrent la rétine dès que la porte fut close, derrière lui. L'homme fronça les sourcils, protégea ses yeux d'un revers de main, devant la flamme des torches. Toutes semblaient s'être intensifiées à son approche. Vieux stratagème pour empêcher les élèves un peu téméraires, en croisade contre le couvre-feu, d'être discrets. Ce soir les projecteurs étaient braqués sur un adulte, d'ordinaire droit dans ses bottes et tout fort de son droit à déambuler à toutes heures dans ces couloirs, pour assurer la protection des siens. Il n'était plus que l'ombre de lui même, attaqué par la lumière. Comme un misérable môme pris la main dans le sac. C'est du moins l'effet que lui fit la voix de sa collègue, pourtant chargée d'humour, lorsqu'elle claqua dans sa direction. Pour Elrik, elle avait les reliefs d'une embarrassante remontrance. Il baissa la main, et rencontra le regard d'Ellia. Seigneur dieu, elle était belle et bien là, assise sur les marches du grand escalier, livre à la main... Si ses mots lui avaient administré une claque, son sourire fit couler en lui suée de chaleur tout à fait inattendu. De quoi court-circuiter totalement l'état d'esprit dans lequel il avait tenté de se stabiliser.

    Il mit plusieurs secondes à associer un sens à ces mots, afin de pouvoir y répondre. Il fallut qu'il surpasse la réaction physique, ignore les milliers de mains imaginaires qui lui chatouillait tout à coup l'estomac et enfin pousse sa voix hors de ses lèvres. Opération périlleuse.

    « Je... J'étais... dehors. » bredouilla-t-il en indiquant la porte derrière lui. Il ignorait qu'elle l'avait vu partir avec Caine. Baissant encore une fois la tête, Elrik surprit l'état de ses mains, tachées de cendre. Il se rappela progressivement de l'état dans lequel il se trouvait. De ce qu'il voyait des manches de sa chemise, elle n'était plus du tout verte, mais sale, grise, et collante de sueur. Et sa cape avait disparu. Ah ! « Dehors à Londres... » continua-t-il comme si sa voix, une fois avoir goûté à l'air libre, ne savait plus se cantonner à son for intérieur.

    De toute façon, ce soir, il avait bel et bien perdu toute maîtrise de lui-même.

    Cependant il tenta de donner loe change et, en se départant de son attitude de gamin fautif, il avança vers Ellia. La tête droite. Une rangers devant l'autre. Marche. Marche. Marche. Marche. Hum... Marche ? Le bout de la rangers butta contre la première marche de l'escalier. Elrik se laissa retomber près d'Ellia.

    « On est beau ! On est beau je te le dis Lily... toi tu n'as pas trouvé mieux que cette marche pour lire, et moi j'ai perdu ma cape. »

    Elrik posa les coudes sur ses genoux, joignit ses mains et soupira en frottant ses index contre son front. Il n'osait pas la regarder en face, mais la chaleur qu'elle lui communiquait était telle qu'il n'aurait voulu s'en éloigner pour rien au monde. Ils étaient là, tous les deux côtes à côtes, seul dans ce grand hall qui les avait vus grandir. Elrik se sentait enfin à sa place, arrivé à bon port après une traversée des eaux plus que tumultueuse. Tout cela n'avait été qu'un mauvais moment à passer. C'était fini pour de bon, hein ? Oui, fini pour de bon.

    « Ellia. Est-ce que... est-ce que Corwin t'a déjà embrassée ? »

    Et non, ce n'était pas totalement fini.

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Ellia D. O'Brian
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MessageSujet: Re: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Lun 17 Sep - 10:24

    Ellia était toujours assise sur les marches du hall d’entrée du château de Poudlard. Son bouquin, elle le tenait entre ses longs doigts, mais elle avait eu du mal à se concentrer dessus. Trop de choses se passaient en ce moment à l’école et elle avait remarqué que sa concentration en avait prit un coup ces dernières semaines. Oh, elle aimait l’histoire policière moldue qu’elle était en train de lire, mais ses pensées virevoltaient un peu de partout, ne lui permettant pas de lire plus de deux paragraphes à la suite sans lever la tête et tendre l’oreille. Que cherchait-elle ? Des élèves hors de leur dortoir ? Un professeur en train de faire sa ronde ? Elrik qui rentre de son escapade nocturne ? Un peu tout en même temps.
    Enfin, la porte du hall grinça et s’ouvrit. Les papillons qui dormaient bien au fond de l’estomac de la directrice des Serpentard se réveillèrent. Elrik était de retour ! Il était tard, mais elle était contente qu’il soit revenu. Elle se rendit compte qu’elle avait froid. Le hall de Poudlard n’était pas des plus accueillant et elle se surprit à penser au feu de cheminée qui brûlait dans l’âtre de la salle commune des Jaunes et Noirs. Elle réprima un frisson et regarda l’homme qui s’avançait vers elle. Il avait la main devant ses yeux, comme si la lumière de la grande pièce vide venait de l’aveugler.

    « Par Merlin, Elrik, est ce que tout va bien ? » Ellia venait de remarquer l’état de son ami. Il ‘avait pas sa cape. Une fine poudre grisâtre tirant sur le noir recouvrait ses vêtements, ses mains et son visage. Ses yeux étaient rougis et quelque peu hagards. Son visage était blanc comme un linge. Et sa chemise, portait des traces de sueur. Mais dans quel était s’était-il mit ? Il lui indiqua qu’il était dehors. Oui, ça elle le savait déjà. Elle se surprit à se sentir soulagée de trouver qu’Elrik lui parlait. Elle le connaissait assez bien pour savoir qu’il n’avait absolument aucun mal à garder le silence lorsqu’il ne voulait pas partager. Avec elle ou avec les autres. Mais depuis quelques temps, elle avait sentie qu’ils étaient plus proches et que la carapace de son ami commençait lentement à s’ouvrir à elle. « Oui, je me doutais que tu étais à Londres, Rik. » Elle chuchotait presque. Pourquoi, elle ne savait pas trop… Parce que la situation était grave ? Ou parce qu’ils étaient dans le château et que des élèves trainaient surement ? « Je t’ai vu partir avec Caine Skellig un peu plus tôt ce soir. Je ne savais pas que vous vous connaissiez. » Elle lui offrit un petit sourire d’excuse. Elle venait d’avouer qu’elle l’avait suivit. Non, elle ne l’espionnait pas, elle voulait juste s’assurer que son ami allait bien. Mais Elrik pouvait interpréter ça comme il voulait, et elle ne voulait pas d’un conflit avec lui.

    « Tu es sur que tout va bien, Rik ? Tu es dans un état… Qu’est ce qui s’est passé ? » Sa voix était inquiète, elle ne faisait rien pour le cacher. Elle le suivit du regard, tandis qu’il s’avançait vers elle. Sa botte butta contre la marche du bas du grand escalier en marbre et il se laissa tomber à côté d’elle. Ellia se tourna vers son ami et essaya de capter son regard, sans succès. Elle esquissa un sourire. Elle aimait qu’il l’appelle Lily. Cela la transportait tout droit pendant leur adolescence, lorsque leur souci le plus important était d’obtenir une bonne note en métamorphose ou en histoire de la magie. Que les idylles d’adolescents leur semblaient grosses comme des maisons et que les conflits inter-maisons étaient partie intégrante de leur vie d’élèves. « Oui, j’ai trouvé cette marche vraiment très confortable pour lire un bon livre policier… Tu n’es pas d’accord ? » Une pointe d’humour dans ses mots… Ellia essayait de détendre un peu l’atmosphère. Elle ne savait pas trop quoi faire d’autre à vrai dire. Elle ne s’était pas attendue à trouver Elrik dans cet état là. « Mais oui, où est passée ta cape ? On ne te l’a pas volée quand même ? » Essayer de savoir ce qui s’était passé ce soir par tous les moyens. Elle était sure que Elrik ne serait pas dupe. Mais elle se devait d’essayer.

    Elle le regarda de son regard de braise poser ses coudes sur ses genoux et joindre ses mains, tout en soupirant. Il avait l’air d’avoir traversé l’enfer ce soir. Ne réfléchissant pas, elle posa sa main sur le bras de son ami, essayant de lui communiquer un peu de réconfort. Il semblait au bout du rouleau. C’était la moindre des choses d’essayer de le faire se sentir un peu mieux.
    Cela dit, elle retira vivement sa main, recevant comme un seau d’eau glacé sur la tête. Les papillons s’étaient évaporés et elle arrêta de respirer pendant quelques secondes. Que s’était-il donc passé ce soir pour que Elrik lui pose une question pareille ? Corwin était mort, Elrik le lui avait dit deux jours plus tôt. Elle avait essayé de ne pas y penser depuis. Mais son ami ne semblait pas de cet avis là. Est ce que Corwin l’avait déjà embrassé ? « Non. » Répondit-elle simplement. Son ton n’était ni déçu, ni comblé de regrets. Juste calme. Elle ne voulait pas montrer son choc suite à cette question. Non, Corwin ne l’avait jamais embrassé. Oh elle y avait pensé, et elle en avait eu envie, elle ne se le cachait pas à elle même. Mais elle ne pouvait pas dire ça à Elrik, ce n’était pas quelque chose qu’elle souhaitait partager avec lui. Pas maintenant en tout cas. Elle n’avait pas encore fait son deuil. « Non Rik, Corwin et moi étions justes amis. Tu en doutais ? » Elle voulait savoir d’où sortait cette question maintenant. Elrik ne comptait tout de même pas s’en sortir comme ça, si ? « Pourquoi est ce que tu veux savoir si Co… Si il m’a déjà embrassé ? Qu’est ce qui s’est passé ce soir ? » Elle ne pouvait pas prononcer son nom. Il était encore trop tôt, la nouvelle était encore trop fraiche. Et elle ne pouvait d’empêcher de penser que cette question était liée à quelque chose qui s’était passé ce soir. Elle connaissait son ami, elle savait bien que cette question ne sortait pas de nul part.

    Elle leva la main et la pose sur la joue pleine de suie d’Elrik pour le forcer à tourner son visage vers elle et à la regarder. « Dis moi… » Sa voix était presque suppliante. Il ne pouvait pas s’imaginer lâcher une bombe pareille et s’en tirer sans en dire plus.

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Elrik H. Monroe
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MessageSujet: Re: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Dim 7 Oct - 20:55

    Monroe aurait dû regretter ses paroles, aussitôt après qu’elles se soient élevées avec sa voix. Il aurait dû, il aurait pu se lever sur l’instant et fuir, en se cachant derrière n’importe quel prétexte, pour éviter d’entendre la réponse d’Ellia à sa question. En temps normal. Mais rien n’était normal ce soir, il chavirait littéralement, son esprit balloté d’un côté comme de l’autre et… quelques chose au creux de ses tripes, dans son cœur, dans son sang, un peu partout, se bagarrait pour extérioriser ce déséquilibre. Il avait besoin d’en parler, de savoir, de s’accrocher à ces détails. Ce soir, plus qu’un autre.
    S’il avait pu se voir, prendre un peu de recul et observer cette scène ? Seigneur. Il en aurait vomi de honte.

    Mais Elrik. Elrik et non Corwin. Juste Elrik, se trouvait assis là, sur cette foutue marche au bas du grand escalier de Poudlard, à côté d’Ellia, avec aucun moyen de prendre du recul. D’ailleurs, elle était bien la seule à laquelle il pouvait se raccrocher. Elle et tout le monde de souvenir auquel elle appartenait, dont il mettait pourtant tellement de soin à se tenir éloigné, comme quelqu'un atteint de vertige au bord d’un précipice. Ce soir, la chute l’appelait. La descente, le vide, l’inconnu. L’atterrissage n’avait aucune importance. Ce qu’il voulait, c’était juste sauter.

    Alors, est-ce que Corwin l’avait déjà embrassée ?
    Si son frère avait un jour volé un baiser à une demoiselle, ça ne pouvait être qu’Ellia. Tout aurait été tellement plus simple, si cela avait été le cas. Tellement plus clair. Mais son frère le lui aurait dit. Oui, Corwin le lui aurait dit. Parce qu’ils se disaient tout. Parce qu’ils n’étaient qu’un…

    Non. La réponse à sa question était simple. Non. Sans fioriture. Aucune marque d’émotion particulière, si ce n’était une incompréhension et une inquiétude palpable. Elrik sondait le regard d’Ellia, en matérialisant la réponse dans son esprit. Etait-ce celle qu’il attendait ? Oui. Sûrement. Peut-être… il n’en était pas sûr. Une sorte de soulagement libéra son cœur de l’étau qui le serrait jusque-là. Mais juste un court instant… Dérisoire. Pour qu’aussitôt, son être se retrouve piégé dans cette même mélasse indéfinissable. Elrik baissa la tête, en attrapant une bouffée d’air.

    « Non, non bien sûr. Bien sûr qu’il ne l’a pas fait. » A ce moment-là, les doigts de la jeune femme se glissèrent délicatement sous son menton. Il ne se sentit pas la force de se dérober. Ce contact, aussi gênant soit-il, avait quelque chose de rassurant, de doux, de nouveau. Il en ressentit un bien fou, presque inimaginable, nouveau et en même temps, infiniment douloureux par son caractère rare, et le manque qu’il provoquait. Son envie de sauter redoubla, d’une intensité absolument incontrôlable. Alors il plongea son regard dans le sien, ôtant toute barrière réglementaire et distance de sécurité. Puis il laissa couler un mince flot de paroles. Aucune d’entre elles ne fut soumise à une quelconque réflexion. Aucune. C’était pathétique.
    « Il me l’aurait dit sinon. Je crois… Je crois que j’avais besoin de savoir. Parce que, s’il l’avait fait sans me l’avoir dit… Tu comprends ? Ça aurait voulu dire, que… nous avions cessé d’être un, bien avant. Bien avant que… Bien avant qu’il ne s’en aille. Je voulais juste être sûr de me souvenir de cela. Que nous n’étions bien qu’un, et tout, lui et moi. Moi, lui. C’était important de n’être qu’un. Ce soir, j’ai cru avoir oublié, c’est tout. Tu imagines… si j’avais vraiment oublié ?! Non. On n’était bien qu’un. Mais maintenant je suis tout seul. C’est pour ça que j’ai peur d’oublier. » Il cessa tout à coup de parler. Son visage se ferma et il dégagea son menton des doigts d’Ellia, pour tourner son visage et fixer un point indéfini, quelque part en face de lui. Une énorme boule acide et gluante lui avait envahi la gorge, et durant une poignée de secondes interminables, il s’attacha à l’évacuer, à réguler sa respiration devenue agitée, à calmer les infimes tremblements de ses membres. L’homme se fit violence pour tempérer ses pensées.

    Il prit tout à coup sa tête entre ses deux mains, se frotta d’un geste énergique le cuir chevelu, et finit par redresser son visage. Ses doigts glissèrent sur sa nuque, qu’il étira en soupirant. Quel crétin… la fatigue lui permettait juste de se rendre compte de l’imbécilité dont il faisait preuve. « Il s’est passé que… mais, attends. Tu connais Caine ? J’imagine que quand tu connais un Skellig, tu les connais tous. Bien que… Caitlin n’ait rien à voir avec son neveu. Tu te souviens de Caitlin ? Bien sûr. On ne peut pas oublier Caitlin. Bref, Caine est un bon gars. Je mettrai ma vie entre ses mains. Je l’ai déjà fait. C’est mon frère d’armes, tu sais. Nous avons servi à la Légion ensemble, pendant des années. La légion, c’est là que j’ai eu ma cape… celle que j’ai perdue ce soir. Je suis… impardonnable ! Ellia, cette cape c’était toute ma vie ! Je l’ai eu quand j’avais dix-sept ans, quand je me suis engagé ! On ne nous en donne qu’une ! Une seule pour toujours ! Et je l’ai perdue ! Cette femme, je crois que c’est de sa faute. Celle de ce … bar, pub, club je ne sais pas exactement ! Oh j’ai tellement honte… je me suis laissé avoir comme un bleu. Je veux ma cape… On n’en a qu’une, qu’une seule, et je l’ai perdue. »

    Et bon courage pour s’y retrouver. Elrik lui-même ne s’y retrouvait déjà pas… En tous les cas, il posa sa main droite sur son genou, elle glissa sur la marche froide, tâtonna un moment, effleura le tissu de la robe d’Ellia, grimpa sur sa cuisse, son genou et chercha sa main. Lorsqu’il la trouva, il la serra avec beaucoup plus de force qu’il ne l’aurait cru. « J’ai mal, mal à la tête… est-ce que ça dure longtemps… tu sais quand… quand tu bois trop ? Je n’ai pas l’habitude… » avoua-t-il d’une voix penaude.


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MessageSujet: Re: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Dim 14 Oct - 11:41

    Le regard d’Elrik plonge dans le sien, Ellia attendait une explication. Elle était totalement déstabilisée par ce que son ami venait de lui demander. Et elle n’aurait su dire si sa réponse était celle qu’il attendait ou pas. D’ailleurs, elle-même ne savait pas si cette réponse était celle qu’elle aurait voulu entendre sortir de ses lèvres. Oui, elle avait été très proche de Corwin. Mais ce n’avait été que des années après qu’elle s’était rendu compte qu’elle aurait peut-être aimé qu’il y ait plus entre eux. Mais tout ça, c’était trop tard. Bien trop tard. Corwin était partit. Elle ne se faisait pas à cette idée. Comment cela était-il possible ? Tout ceci appartenait au passé, mais elle ne savait pas si elle était prête à laisser tout cela derrière elle.
    Oui, bien sûr elle comprenait. Elle hocha doucement la tête alors qu’il parlait. Elle comprenait que les jumeaux se disaient tout. Mais pourquoi Elrik doutait-il de tout cela ? Pourquoi maintenant. Elle ne dit rien. Elle ne voulait pas qu’il s’arrête de lui parler. Ce moment était bien trop important pour elle. Son ami était en train de se confier à elle, et elle n’aurait pu être plus heureuse de cela. Bien qu’un autre contexte aurait été mieux. Mais que voulez-vous, la vie n’est pas facile et Ellia en connaissait déjà un bon rayon. Elle le laissa terminer sa tirade. Sa main était restée sur son menton, mais elle n’exerçait plus de pression. Elle n’avait plus besoin de le forcer à la regarder, puisque ses yeux étaient plonges dans les siens. « Rik… Bien sûr que vous n’étiez qu’un. » Pour elle, il n’y avait rien de plus logique. Oh, elle n’avait pas la prétention de dire qu’elle comprenait, elle et ses sœurs étaient proches, mais elle n’avait pas ce lien. « Tu n’oublieras pas Elrik. Ne sois pas trop dur avec toi-même. Même si Il est partit, il est toujours là, j’en suis persuadée. » Elle ne savait pas à quel point elle disait vrai.

    Elle ne savait comment rassurer son ami, qui, dans sa détresse, lui donnait envie de se jeter à son cou. Elle voulait qu’il s’accorde une pause, juste une fois, une toute petite fois. Mais elle savait bien que ça ne marchait pas comme ça. Il cessa de parler et son regard se ferma une nouvelle fois. Ellia retint un soupir. Et si, elle l’avait perdu encore une fois ? Non ! Elle voulait qu’il lui parle, qu’il soit en confiance avec elle. « Tu n’es pas seul Elrik. Même si Il n’est plus la… Tu peux compter sur d’autres personnes. » C’était tout ce qu’elle pouvait dire.
    Elle le regarda fixer un point invisible en face de lui. Puis prendre son visage entre ses mains et se frotter le cuir chevelu, puis la nuque. Merlin, rien n’était jamais facile.
    Non ! Il était sur le point de lui dire ce qui s’était passé ce soir, mais elle avait tout gâché en laissant entendre qu’elle connaissait Caine Skellig. Quelle cruche ! Elle n’aurait pas pu se taire ? Elle ne laissa rien paraitre cependant, prenant sur elle pour ne pas laisser sa déception pointer le bout de son nez. Elle le laissa parler. Jusqu’au bout. Elle ne voulait pas l’interrompre. Caine Skellig. Caitlin Skellig – Ellia grinça des dents. Caine Skellig. La légion. La cape. Le… Le pub ?! Salazar les protège, elle ne s’était pas attendue à cela. Lorsqu’il eut terminé, elle rassembla ses neurones pour répondre à chacune de ses interrogations, de ses affirmations. « Non, non je ne connais pas Caine Skellig… Mais tu sais, grand, blonds, avec un sombral ? Les bruits courent, et c’était assez facile à deviner. » Elle venait littéralement de laisser entendre qu’elle l’avait suivi et espionné. Round two. Oups. Elle ignora la remarque sur Caitlin. Moins on lui parlait d’elle, mieux elle se portait. Avoir son fils Dunstan dans sa maison était déjà assez pour lui rappeler le visage de son ennemie. Oui, Ellia était rancunière. La légion. Le cerveau d’Ellia fonctionnait à plein régime. Il fallait assimiler toutes ces informations. « La Légion ? C’est là que tu as été après Poudlard ? » Elle ne se souvenait pas qu’il lui en ai déjà parlé. Mais quand elle y réfléchissait, elle n’était pas surprise. Depuis la rentrée, elle avait bien eu le temps d’observer son ami d’enfance. Et ou d’autre que la légion aurait-il pu apprendre à se comporter comme ça ? Bien sûr, les pièces du puzzle s’assemblaient doucement. Une question lui brula les lèvres. Si fort, qu’elle ne réussit pas à la retenir. « Est-ce que Lui aussi, il était dans la Légion ? » Elle ne pouvait pas se résoudre à prononcer son prénom. Il lui fallait plus de temps. Mais si la réponse était positive… Alors elle pourrait s’imaginer au moins qu’il était mort pour la bonne cause.

    Elrik semblait passablement ébranlé d’avoir perdu sa cape. Bien sûr que c’était important pour lui. Ellia n’était pas du genre à s’attacher aux choses matérielles, mais il y en avait certaines… Qui avait plus de sens que d’autres. Et elle était bien placée pour le savoir. Instinctivement, elle posa le livre qu’elle tenait dans sa main gauche sur la marche à côté d’elle, et effleura la poche de sa robe, pour sentir la familière présence de sa baguette. Bien sûr qu’elle comprenait. « Tu parles du Courtisane’s Nest ? C’est là que vous avez été ? » Elle ne voyait pas à quel autre endroit Elrik pouvait faire allusion. Et si vous vous demandiez comment elle connaissait l’existence de ce pub… Elle l’avait vu dans les journaux ! Et elle ne comptait pas y mettre les pieds un jour. Mais pour son ami d’enfance… « Ne t’inquiète pas. On ira Dimanche si tu veux. On ira ensemble la récupérer ta cape. Je comprends qu’elle compte beaucoup pour toi, et je viendrais avec toi. Je suis sure qu’ils l’ont retrouvé, et gardée quelque part. » Elle n’avait pas vraiment comprit qu’on la lui avait prise sans vraiment lui demander son avis. D’ailleurs, dans sa tête, déjà une idée venait de naitre. Elrik n’aurait peut-être pas à attendre jusqu’à Dimanche.

    La directrice des Serpentard se figea. Elrik venait de poser sa main sur son genou et remontait. Son souffle s’accéléra imperceptiblement. Et il attrapa sa main. Son ami était rarement aussi proche d’elle. Quelque chose n’allait pas. Enfin, elle l’avait déjà remarqué. Mais c’était pire que ce qu’elle croyait. Elle serra sa main dans la sienne, comme pour lui transmettre un peu de réconfort.

    Et elle eut un sourire. Un petit sourire, tout petit.

    Voilà qui expliquait un peu les choses. Elrik avait bu ! D’où son rapprochement. Elle aurait dû s’en douter. Maintenant qu’elle y pensait, elle pouvait sentir de douces effluves d’alcool. Et ses yeux. Oui, ça se tenait. « Une bonne nuit de sommeil, Rik. Voilà ce qu’il te faut. Demain ça ira mieux. » Enfin tout dépendait de combien il avait bu. Ellia n’était pas une buveuse. Oh, elle avait déjà pris une ou deux bonnes cuites lorsqu’elle était plus jeune. Vous savez, pendant ces soirées entre amis, ou on ne contrôle pas tout ce qui se passe et ou on se concentre sur tout ce qui n’a aucune importance. Les gueules de bois, elle en avait en effet connu quelques-unes. Mais elle avait toujours survécu.
    Elle sera un peu plus sa main. « Tu survivras. Mais pas de nuit blanche ce soir ! Promets-moi. » Dit-elle avait un faux ton autoritaire.

    Une autre pensée effleura son esprit. « Dis, Rik. Je me demandais, peut-être que tu peux m’éclairer… » Ce n’était certainement pas le moment propice pour lui demander ca… Mais tant pis ! Elle mourrait d’envie de savoir. « Je suis persuadée d’avoir vu la petite Elyon de Serdaigle… Avec un pull de Poufsouffle. Mais je croyais qu’il était au fond du lac ce pull… ? » Une lueur amusée traversa son regard. Elle savait que l’ancien Poufsouffle saurait à quoi elle faisait allusion. Elle ne voulait pas accabler ou blâmer son ami. Elle était juste curieuse, et ça la faisait sourire de voir ce souvenir d’adolescence ressurgir comme ça sans prévenir. Tant de bons souvenirs. Elle espérait de tout son cœur qu’Elrik n’allait pas se dérober ou se refermer devant cette question. Elle lui adressa donc un sourire bienveillant, et serra un peu plus sa main dans la sienne.

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MessageSujet: Re: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Dim 21 Oct - 10:16

    Dire qu’Elrik venait de lui avouer qu’il avait trop bu… Miséricorde ! D’accord, il ne fallait pas sortir de l’école des aurors pour s’en rendre compte… D’ordinaire, Monroe ne s’ouvrait jamais à personne, ni ne s’apitoyait sur son sort. Ni devant des sorciers lambda, ni devant des personnes proches. Se plaindre, il détestait. Larmoyer, une honte ! Ce n’était même pas qu’une affaire d’orgueil, ou de fierté mal placée. Oh non, Elrik n’avait pas vraiment de souci avec le fait d’apparaître sous son mauvais jour. Il n’aimait pas attirer l’attention sur ses affaires, ses problématiques personnelles, ses peurs et ses malheurs, voilà tout. On ne console que ceux qui le méritent ! Les gentils, les misérables, les nécessiteux. Pas les meurtriers. Non mais oh ! Hélas, Elrik avait beau avoir conscience du caractère pitoyable de la situation, il n’arrivait pas à se ressaisir… il voyait sa main, refermée sur celle d’Ellia. Il sentait la chaleur de ce contact, aussi sûrement que si elle l’avait touché d’un sortilège. Un puissant sortilège capable de mettre en relief en un clin d’œil : ce manque dont il souffrait. Il touchait alors du bout des doigts… non, à pleine main, les bienfaits d’un réconfort, d’une âme secourable, dévouée, en chair et en os. Et pourtant, cette réalité possédait un étrange caractère lointain, comme s’il ne faisait que planer au-dessus de leur tableau, avec aucun moyen de commander ses gestes.

    Alors il garda sa main dans la sienne, desserrant un peu sa prise lorsqu’elle joignit son autre main à cette première union. Il ne bougea plus, de peur de briser ce moment extraordinaire et rassurant, comme il n’en vivait pratiquement jamais. Parce qu’il n’y avait pas droit. C’était trop tard pour s’enfuir. Encore une fois, il n’était pas en mesure de commander quoique ce soit. Il le paierait juste, le lendemain. Parce que rien n’est gratuit sur terre.
    « Oui… c’est comme ça qu’il s’appelle, le Courtisane’s Nest… » murmura Elrik avec précaution en relevant la tête vers Ellia, comme s’il s’agissait de la formule d’un terrible maléfice. « Je n’ai fait que suivre Caine, il disait avoir quelque chose à y récupérer… mais je crois qu’il m’a encore joué un tour. Il le faisait souvent à la Légion… » Son regard chuta à nouveau sur leur mains jointes. Ellia avait serré un petit peu plus ses doigts entre ceux de son collègue, et ce dernier en fut envahi de frissons glacés. Mais aussitôt après, cette énigmatique chaleur succéda à cette vague toute fraîche, pour le rasséréner d’une très agréable façon. Alors il continua, répondant à ses diverses questions, en mettant de côté la gène qui normalement aurait scellé ses lèvres. « Hunhun… » Il hocha la tête sans quitter leurs mains des yeux. « Je me suis engagé tout de suite après… » Il marqua une pause, en avalant une bouffée d’air, puis sa salive, sans réelle élégance. « Tout de suite après Poudlard. Il y avait de nombreux fronts contre les géants. Ils nous ont occupés longtemps, ceux-là ! » Un rire amer le secoua. « Il y avait besoin de bras, tu comprends, là-bas. C’était une carrière comme une autre. Ils étaient déjà morts tous les trois, Corwin… mon père, ma mère. J’avais plus rien à perdre. » Un haussement d’épaule plus tard, il renifla, s’essuya le bout du nez du revers de sa main libre et secoua la tête. « C’est vrai que Caine est grand et blond, avec un sombral. Ah ! Son bestiau, à la Légion il nous a été bien utile. Il était aussi avec moi, là-bas. Je crois qu’au contraire, lui, il avait tout à gagner à se retrouver dans nos rangs. Il voulait prouver quelque chose. Je ne sais pas ce qu’on serait devenu, sans notre régiment… Enfin ! » Il ne valait mieux pas qu’il se lance davantage sur le sujet, heureusement Ellia lui avait laissé entendre quelque chose qu’il replaça tout de suite tout au début de son esprit brouillon. Et le caractère important de ce détail passa devant la force de sa nostalgie. L’alcool lui brouillait vraiment les neurones… – alcool frelaté par les experts du Courtisane’s nest, on le rappelle ! Il redressa à nouveau le buste, se tourna de trois quart pour observer Ellia bien en face. « C’est vrai ? Tu viendrais avec moi dans ce lieu de perdition pire que l’antichambre de l’Enfer pour récupérer ma cape ? » La surprise détendait ses traits de manière tout à fait inhabituelle, lui donnant un air de gamin à qui l’on promet d’aller dans un parc d’attraction. Il laissa échapper un soupir de soulagement béat, avant de perdre le rythme de sa respiration. « Mais c’est… c’est tellement… ! Tellement…. Charitable ! » Il esquissa un mouvement soudain, en avant, vers elle. Sa main menaça de se détacher de celle d’Ellia. Ses épaules frémissaient. Encore un peu, et il jetait ses bras autour de la jeune femme. Mais il se contenta de l’admirer, des étoiles plein les yeux. Il y avait des comportements que son corps, même soumis aux affres de l’alcool, s’interdisait purement et simplement ! Il inspira avec lenteur et reprit sa position précédente, sa main toujours bien en place contre celle de Miss O’Brian, le dos courbé sur sa position assise, et les yeux fixé en face d’eux, sur ce point invisible. « Tu es très charitable, je trouve ça vraiment bien. J’accepte ton aide et je te promets que… je ne ferai pas de ronde ce soir. » Ces paroles étaient vraiment exceptionnelles… pour Elrik, s’entend. Accepter de l’aide et esquiver ses tâches… du jamais vu ! Il hocha d’ailleurs là tête, parce que lui-même devait être le seul à mesurer la rareté de ces propos.

    Et le hall s’emplit d’une sorte de calme, dans lequel Elrik avait l’impression que son esprit se berçait, progressivement. Si ce n’était agréable, c’était au moins reposant. Il pouvait presque entendre son cœur battre, ralentir sa cadence, s’apaiser. Il y avait toujours de goût amer, dans sa bouche, dans ses membres, pour l’alourdir et l’empêcher de bouger. Mais dans l’ensemble, il n’avait plus envie ni de parler, ni de pleurer. Juste de rester en place, de se laisser communiquer cette chaleur magique, main dans la main avec son ami. Et peut-être qu’ensuite, il s’endormirait, ici-même. Et comme Ellia l’avait dit, au réveil, toute cette horreur serait envolée. Peut-être.

    Un nouveau frisson lui chatouilla l’échine. Il tourna la tête vers Ellia, qui venait de l’interpeller. Rik. Rik, Rik. Elle avait une façon légère et juvénile de prononcer son surnom.
    « Oui Lily ? » Lily… Puisque ce soir, il n’y avait plus de barrière. Puisque ce moment était intemporel. Puisqu’il n’y avait plus qu’eux, et leur souvenir aux couleurs vives, jamais vraiment estompées par le temps. Et c’était le cas de le dire… les paroles d’Ellia lui coupèrent le souffle, et le peu de capacité de réflexion dont jouissait encore son esprit. Le pull ? Pull Poufsouffle… au fond du lac ? Sur Elyon ?

    « Elyon ? » Il se gratta la nuque de sa main libre, en plissant les yeux vers Ellia. Mais c’était dur de jouer l’innocent, devant ce sourire et ce regard… inquisiteur, d’une manière si douce qu’elle en était redoutable. « … Lied…quorck ? Quelque chose comme ça… ? Hum. De quel pull tu parles…. » Il le savait pertinemment. Même si les connexions logiques sur cette affaire étaient lentes à s’assembler. « Oh… Euh. Oui… c’est le pull de… Corwin.. hum. » Alors là, c’était gênant. Et son attitude désinhibé rendait le souvenir bien plus embarrassant à avouer que s’il avait été sobre ! Elrik se frotta la tempe, du bout de l’index. Son frère avait toujours adoré ce pull, celui brodé d’un blaireau enchanté parcourant le tissu en essayant d’attraper une chocogrenouille. Par jalousie, Elrik le lui avait volé… Son cœur se souleva. Tout à coup, quelque chose de lourd et de piquant lui envahit les yeux. L’homme ouvrit la bouche dans l’intention de parler, ou de respirer tout simplement, ne parvenant qu’à émettre un glapissement pitoyable. « Il n’était pas au fond du lac, ce pull... » murmura-t-il sans plus oser la regarder. Il se rappelait, clair comme de l’eau de roche, que Corwin le prêtait souvent à Ellia, son pull. « Je l’avais caché parce que… » Un sanglot se mit à lui peser dans la voix, sans qu’il ne puisse le prévenir. Sa main couvrit ses yeux. « Est-ce que c’est pour ça que je ne le vois plus ? Parce qu’il a vu que je lui avais volé son pull il y a des années, et que je l’ai donné aujourd’hui ? C’est pour ça ? Il m’en veut. Je le sais… c’est sûr. Je voulais juste que ce vêtement ne moisisse plus dans un tiroir, j’ai pensé que ça ne changerait rien… Il y tenait à ce pull, c’est vrai. Il ne pourra jamais me pardonner Lily. Jamais. »
    La fatigue en plus des breuvages enchanteurs du Courtisane’s n’aidait pas à prendre sur soi c’était certain.

    Ça, ça allait mériter des heures et des heures de prières et de bons et loyaux services dans une association de gens bien plus malheureux que lui pour compenser ! En attendant, Elrik avait vissé son visage dans sa main, courbé un peu plus le dos, et respirait le plus fort et profondément possible pour éviter de fondre à nouveau en larme.


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MessageSujet: Re: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Sam 27 Oct - 23:53

    Dans ses deux mains, celle d’Elrik. La chaleur se diffusait entre les deux corps, si proche. Et si Elrik n’était pas saoul, et si ils n’étaient pas assis sur les marches du hall de Poudlard, et si il n’était pas très tard dans la nuit – ou très tôt le matin, tout dépend comment on voit les choses – Ellia aurait très certainement tout fait pour qu’ils restent comme ça un peu plus longtemps. Mais, tout ceci faisait beaucoup de si, et Ellia savait pertinemment que ce moment aurait une fin.
    Elle hocha lentement la tête en le regardant dans les yeux, signe qu’elle avait imprimé. Le Courtisane’s Nest. Bien. Ellia savait où elle devrait aller, et ça ne devrait pas être si compliqué. Elle n’y avait jamais mit les pieds, mais cela ne lui faisait pas peur. Ou plutôt, elle ne voulait pas l’admettre. Elle savait déjà ce qu’elle voulait faire, et son idée était bien encrée dans sa tête. La directrice des Serpentard laissa échapper un petit rire cristallin. Bien sur que c’était l’idée de Caine. Même si elle n’avait repris contact avec Elrik qu’il n’y a quelques semaines, elle le connaissait assez pour savoir qu’il n’avait pas été mettre les pieds dans un club de son plein gré. « Et Caine a t-il retrouvé ce qu’il était allé chercher ? » Elle se doutait bien que non. Il y avait même surement rien du tout à récupérer.

    Ellia hochait la tête, assimilant ce que son ami était en train de lui dire. Elle ne dit rien. Déjà morts ? Cela voulait dire qu’il était décédé juste après Poudlard ? Ellia voulait hurler. Avoir des réponses. Pourquoi ? Comment ? Pourquoi Elrik ne l’avait pas appelé ? Pourquoi n’avait-elle pas prit de nouvelles ? Merlin, ce qu’elle s’en voulait. Mais elle ne pouvait rien dire. Rien du tout. Elle ne voulait pas exploser, même si elle bouillonnait de l’intérieur. Elle ne pouvait pas blâmer Elrik. Il devait déjà s’en vouloir assez. Elle ne pouvait pas en rajouter. Alors elle garda le silence et se contenta de hocher la tête, les yeux pleins de sympathie. Et il avait perdu ses parents aussi… Etait-ce en même temps ? Surement, car ce n‘était pas à Poudlard. Elle s’en serait souvenue si les parents des jumeaux étaient décidés lorsqu’ils étaient tous à l’école. Merlin, Elrik avait vécu une épreuve terrible, encore plus qu’elle n’avait osé l’imaginer. Il était évident qu’il souffrait, et Ellia ne pouvait que comprendre tout cela. Elle n’avait bien évidemment pas vécu la même chose… Mais elle comprenait. Et elle voulait d’autant plus être la pour lui.
    Elle enleva une de ses mains de celle d’Elrik et alla la déposer sur la joue de l’homme qui lui faisait face. Il lui parlait de la légion, de Caine. Mais elle s’en fichait. Elle voulait juste lui dire que tout ceci n’était pas grave. Mais ça aurait été un mensonge. Elle approcha ses lèvres de son autre joue, et y déposa un petit baiser. Elle se recula et le regarda droit dans les yeux. « Je suis désolée Elrik. Pour tes parents. Pour… Pour Corwin. Pour ne pas avoir été là. Pour tout. » Prononcer son nom était une épreuve pour Ellia. Mais elle devait être forte. Aussi forte que lui l’était.
    Elle replaça sa main sur celle de son ami d’adolescence. Comme si rien ne s’était passé. Elle avait juste répondu à une envie urgente et pressante, et avait suivit son instinct. Et ce petit moment de folie était terminé. A présent, Elrik était en train de lui demander si c’était vraiment vrai qu’elle voulait venir avec lui chercher sa cape. Elle allait lui mentir, mais c’était totalement pour la bonne cause. Aussi n’eut-elle aucun mal à hocher la tête. « Bien sur que je viendrais avec toi. » Elle lui offrit un sourire. « C’est normal, Rik, tu es mon ami. C’est important pour toi, donc c’est important pour moi. » Elle serra une nouvelle fois sa main dans la sienne. « Et j’espère bien que tu ne vas pas faire de ronde ce soir, ce n’est pas comme si je te laissais le choix de toute façon. » Elle lui fit un clin d’œil.

    Lily… Lily… Un frisson parcouru l’échine de la directrice des Serpentard. A chaque fois elle se faisait avoir. Elle oubliait ce que ça faisait d’entendre son surnom de la bouche de son ami. Alors POURQUOI fallait-il qu’elle gâche tout à chaque fois ? Ils étaient bien là, pourquoi venait-elle de poser cette stupide question ? Elle aurait du se retenir et ne rien dire. « Oh non, non, non, Rik. Non, ne pleure pas. » Qu’avait-elle fait ? Sa voix était suppliante. Pourquoi avait-il fallu qu’elle parle de son pull. Quelle idiote. « Excuses moi, je ne voulais pas… Je ne voulais pas te faire du mal en parlant de ça. Pardon. » Ah, elle était bien penaude maintenant. Elle détacha ses mains de celle d’Elrik pour aller les poser de chaque côté du visage de son ami, le forçant à la regarder dans les yeux. De son pouce, elle effaça une larme qui menaçait de rouler. « Que veux-tu dire, tu ne le vois plus ? » Elle n’avait aucune idée de ce que Elrik voulait dire par là. Etait-il dans le déni ? Elle ne pouvait se résoudre à lui dire. Elle avait déjà fait assez de conneries ce soir. « Il t’aurait pardonné Rik. J’en suis sûre. Vous n’étiez que des ados. Il adorait son pull, mais Il aurait compris, je te le promets. Il ne t’en veut pas Elrik. Où qu’Il soit, je suis sûre qu’Il est même très heureux que tu l’ai sortit de son tiroir. » Elle le regarda droit dans les yeux, puis, elle lui déposa un baiser sur son front.

    « Il est bientôt l’heure d’aller se coucher, Rik. »

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MessageSujet: Re: [Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia   Mer 14 Nov - 8:47

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Thrown to the Floor, We were never meant to Last.
All we are, are empty shells…


    Que ses larmes menacent encore une fois de couler lui était insupportable. Et pourtant, Elrik les retenait avec toujours plus de difficultés. Il n’y arrivait plus, ce soir. Impossible de garder son sang-froid, il avait fondu au cours de cette soirée catastrophique sans que l’homme n’y puisse rien changer. Sa retenue, sa carapace si bien rôdée… usée, à vrai dire, tout avait volé en éclat. Tout s’était répandu autour de lui comme du verre brisé sur lequel il se coupait davantage à chaque mouvement. Et le seul point salutaire auquel se raccrocher, c’était cette main, posée avec douceur sur sa joue. La seule lumière qu’il était rassurant de regarder, c’était l’éclat de ce regard tendre, qu’Ellia portait sur lui. Le seul espoir de s’échapper de ce cauchemar pour basculer dans le rêve, c’était ce contact… ces lèvres sur sa joue, sur son front. Ciel comme cette proximité lui semblait douce et vitale ! Une véritable bouffée d’oxygène. Cette constatation avait explosé un peu partout en lui, une évidence, un bonheur indicible. Interdit. Totalement interdit… mais Elrik ne se rendait compte de rien. Il ne réalisa même pas qu’en l’écoutant parler, en baissant les mains de son visage, en laissant couler les larmes depuis ses yeux fermés, il inspirait à plein poumons. Sa joue se colla davantage contre la paume de la sorcière. Elle avait enfermé ses mains autour de son visage. Il n’y avait pas opposé de résistance et au contraire accentuait le contact, bien heureux d’éprouver un tel réconfort. Elrik inspira encore, lentement, profondément. Il releva le bras à pour chercher avec toujours autant de maladresse la main de son amie, dont la présence à ses côtés, au plus près – comme personne ne l’avait été depuis un très long moment – ne lui faisait même plus peur. Ses doigts enlacèrent ceux d’Ellia, il ramena sa main juste au coin de ses lèvres, inspira encore, huma le parfum de sa peau. Il éveillait en lui des souvenirs chaleureux. Elrik tourna légèrement la tête, contre les doigts de la sorcière simplement posés sur sa peau, il les toucha du bout de lèvres, les embrassa. Une fois. Deux fois. Puis il encercla cette main entre ses deux paumes et se laissa aller, caressant son visage contre leurs doigts entremêlés. Il respira encore ce parfum, longtemps, en attendant que ses larmes daignent bien arrêter de couler. Les mots qu’Ellia avait prononcés tourbillonnaient encore dans son esprit. Il savait qu’elle se trompait, Corwin lui en voulait… c’était obligatoire. Sinon, il ne s’amuserait pas à disparaître de son reflet du jour au lendemain ! Mais cela, Elrik avait encore la présence d’esprit de le garder pour lui… et d’ailleurs, il se contenta de hocher la tête. Après tout, les paroles d’Ellia étaient rassurantes, et le soldat avait envie d’y croire… alors, il les goba sans réfléchir davantage, et affirma sa prise sur leur lien inespéré mais tangible, la main d’Ellia dans la sienne, leurs poings unis contre lequel il frottait doucement sa joue. Rien qu’un instant encore… fugace mais nécessaire. Ensuite, il se redressa, la relâcha en déglutissant, en reniflant, en s’essuyant le visage sur la manche de sa chemise verte pleine de suie… il s’étala une nouvelle jolie trace grise sur le museau, puis, il posa ses mains à plats sur ses genoux, comme décidé à reprendre ses esprits.

    « D’accord. Tu as raison. Il reviendra, parce qu’il ne m’en veut pas… trop. Enfin, il reviendra, je veux dire… oh à quoi bon ?! Je suis épuisé. Je dis n’importe quoi Ellia. N’importe quoi… Je pourrai être renvoyé, ou consigné dans mes quartiers, tiens ! Ça ne serait pas volé. On dirait un élève. C’est honteux. N’importe quoi… Ellia, je veux bien aller dormir. Je t’ai assez dérangé. Tu veux bien oublier tout ça ? Tout ce que je t’ai dit. Toute cette… pitoyable scène, dès demain, s’il te plait. Je t’en supplie. Sois clémente. Oublie. Oublie. Je ferai ce que tu veux, mais tu oublieras… n’est-ce pas ? D’accord ? Pitié. » Il se leva en continuant de marmonner des « N’importe quoi, N’importe quoi… » dans sa barbe. Mais il se stoppa en arrivant tant bien que mal debout sur ses pieds. Un marteau imaginaire venait de lui assener un coup violent sur le front, ça forçait le silence. Le chemin vers la salle commune allait être…. Long. Très long. Là tout de suite maintenant, Elrik avait l’impression d’être face à l’entrée d’un labyrinthe truffé d’obstacles insurmontables. Il retroussa ses manches, se retourna… chacun de ses mouvements le montraient un peu déséquilibré. C’était navrant. Malgré tout il chercha Ellia des yeux et lui tendit la main, pas vraiment au bon endroit… parce qu’elle avait été plus rapide et se tenait déjà debout à ses côtés, une main sur son bras, l’autre frottant son dos d’un geste affectueux. Ses yeux, sa voix, tout en elle le berçait de quelques mots, simples, auxquels il se raccrocha avec ferveur. « Ça va aller Rik, viens avec moi. Ça va aller. » Ainsi, il se laissa docilement l’entraîner sur le bon chemin… pas sûr qu’il ait pris la direction de la salle commune, sinon.

    Fort heureusement, ils y parvinrent sans encombres – comprenez, sans rencontrer d’élèves ou de collègues importuns – la salle commune était plongée dans l’obscurité. Personne ne s’y était attardé pour lire ou travailler, merci Seigneur. Le jaune des coussins, les reflets dorés des ustensiles en cuivre, lorsque la lumière tamisée s’éleva dans la pièce à leur arrivée, actionnèrent à nouveau le terrible Marteau de la pénitence. Celui-ci s’acharna contre son cerveau déjà copieusement réduit en bouilli. Mais il retrouva sans mal ses marques cette fois. Il connaissait bien les lieux et brancher le pilote automatique n’était alors pas un problème. Le décor familier, les bruits pas si lointains des dortoirs, les âmes des élèves qui s’agitaient près d’eux… autant d’éléments ramenant progressivement Monroe à la réalité. Fini de savourer la bulle de sécurité dans laquelle il s’était laissé happer – UNE HONTE – avec miss O’Brian. Alors Elrik s’éloigna d’Ellia, en grognant sous la douleur que sa tête lui infligeait. Son cœur aussi se soulevait de manière désagréable. Ses yeux le brûlaient… Seigneur tout puissant, il avait envie de mourir sur sa paillasse….

    L’homme se dirigea vers l’armoire dans laquelle il rangeait ses affaires. Il mit cinq minutes à glisser la bonne clé dans la serrure – jurant comme… un vieux grincheux qui ne connait pas les gros mots en vogue de son époque « Ah ! Perverse Clé Satanique ! Mais tu vas te fourrer dans cette serrure de l’Enfer oui ! » (Ah Elrik, on aime quand tu dis des trucs sales ! … couché Medrawt !!!) – pour en extirper son paquetage. En deux temps trois mouvements, il avait étendu sa paillasse près de la fenêtre habituelle, et ôté sa chemise. Il ne le faisait jamais en pleine salle commune… jamais ! Il se changeait toujours dans une des salles de bain après s’être assuré qu’un périmètre de sécurité entre les élèves (ou sa collègue) et lui était respecté. Merci le Courtisane's nest et ses élixirs du Malin !! Elrik resta un petit instant planté debout devant le rond luisant de la fenêtre, torse nu. Il étira lentement son bras gauche, passé devant son visage, son coude dans l’autre main et prit une profonde inspiration. Dans son dos, le dessin de l’Arcane du Chariot qu’il s’était fait tatouer des années auparavant – en même temps que l’arcane de la Roue de Fortune et celle du Pape sur ses avant-bras – s’agitait. Les deux chevaux battaient des quatre fers, tournaient dans un sens dans l’autre, si bien que le dessin se retrouvait à l’endroit, à l’envers, dans un confus méli-mélo.

    Perdu dans l’observation laconique de sa fenêtre, Elrik n’avait pas les moyens d’y prêter attention. Il passa sa main sur une vieille cicatrice, qui par moment le démangeait, sur sa hanche droite à l’endroit où très très longtemps auparavant, il était physiquement lié à son frère. Il la frotta d’un geste énergique, tout en se retournant vers Ellia. Notre Soldat se reconnecta alors à la réalité – la plus exacte possible – et se rappela qu’il était supposé aller dormir, et vite. Très vite !

    « Bon… bon… bonne… » articula-t-il avec difficulté, en se contorsionnant maladroitement pour attraper son pied. Hop, une Rangers atterrit négligemment sur le sol à côté de sa chemise verte toute dégoutante. « Bonne nuit… Lily. » En tombant les fesses sur le rebord de la fenêtre, il vint à bout de la deuxième Rangers. Voilà, ça c’était fait ! Il porta ensuite sa main à sa ceinture, qu’il détacha et jeta sur sa paillasse. Vint le tour des attaches de son pantalon militaire, hélas il rencontra quelque résistance pour en défaire les premiers boutons. Finalement Elrik s’assit sur sa paillasse en continuant d’essayer de venir à bout de son fichu froque ! Il allait finir par dormir comme ça, zut.

    Et tout à sa tentative de se défaire de son carcan de tissu, l’homme ne vit pas que l’on se rapprochait de lui. Il ne sentit même pas la main sur son épaule, la pression qu’elle exerça, non sans une certaine hésitation tandis que la sorcière s’agenouillait en face de lui. Un voile léger de sueur faisait briller le front d’Elrik, à la lueur des lampes magiques. La veine à sa tempe battait, douloureuse. Le souffle lui manquait, sa tête allait exploser. Et toute sa foutue attention n’était braquée que sur ce bouton qui refusait de céder. Ses mains s’étaient mises à trembler, elles se stoppèrent à peine quand Ellia posa la sienne par-dessus, car il ne saisit pas l’info tout de suite. Mais bien vite Elrik leva les yeux, pour se retrouver presque nez à nez avec Miss O’Brian. Elle lui souriait, avec un rien de maladresse. Elrik avait trop peu de discernement pour remarquer qu’elle rougissait, mais il la considéra avec une méfiance incrédule, tandis qu’elle articulait à voix basse « Cesse de t’acharner comme ça, je vais t’aider. »

    L’aider ? L’aider à quoi ? Il plissa les yeux, pour essayer d’y voir plus clair l’épais brouillard de ses paroles. Et pendant ce temps-là, une pression contre son ventre. Le dos de la main d’Ellia, qui se tordait comme le pouvait, pour dégager les doigts crispés de Monroe, qu’il la laisse faire. Son cœur manqua un battement, avant de reprendre sa course à toute allure. Son visage devint brûlant d’un embarras assez incontrôlable. « Mais qu’est-ce que tu fais. Arrête. J’peux le faire tout s-
    - Chut.
    - Non ! Non ! Non ! »
    Ils n’étaient pas couchés…

    Cependant, tous ses « non » de jeune pucelle effarouchée ne suffirent pas à faire reculer la sorcière. Ni elle, ni ses doigts légèrement tremblant mais tout de même plus dégourdis que ceux d’Elrik, déterminés en vain à éloigner de son territoire.

    « Voilà. » chuchota-t-elle, en espérant qu’il se calme un peu et cesse de se tortiller dans tous les sens. Il fallait le comprendre, on ne l’avait pas approché de si près depuis… un bail. Enfin, ça n’avait pas dû être une partie de plaisir pour la sorcière, vu la gêne qui colorait encore ses joues et la fatigue, tout de même, qui ne devait pas l’épargner non plus.

    Elrik stoppa ses mouvements convulsifs et farouches au moment où elle le relâcha, et s’écarta à distance réglementaire. Il était toujours appuyé contre le mur, sur sa paillasse, et se mit à froncer les yeux dans la direction d’Ellia. Ça n’était pas bien sérieux tout ça, mais il n’y pouvait rien. « Je peux le faire tout seul ! » répéta-t-il, en s’accrochant instinctivement à son orgueil, bien qu’il n’y eut désormais plus AUCUNE dignité à sauver. Ses lèvres esquissèrent une moue boudeuse courbées légèrement vers le bas, puis il reporta un regard soudain étonné vers le haut de son pantalon, ses doigts avaient déjà constaté que les boutons rebelles s’étaient rendus ! Il releva aussitôt la tête, toujours aussi rouge. « Ah d’accord. Merci. Bon, Merci. Hum… je vais me changer, et dormir là, maintenant. Je vais y arriver… tu peux… S’il te plait. Tu peux te tourner ? » Le contact rapide et rapproché avait réveillé en lui sa vieille copine la pudeur (sa vieille et unique copine !) et maintenant, il se couvrait le torse avec les bras, autant qu’il le pouvait. Il ne couvrait donc pas grand-chose, mais en tout cas, il n’osait plus regarder la sorcière en face ! Les ingrédients d’une potion d’amnésie défilaient déjà dans un coin inconscient de sa tête…

    Hélas, et parce qu’il devait être sacrément convaincant… ce fut au tour d’Ellia de froncer les sourcils.

    « Tu ne vas pas dormir… là. » dit-elle en attrapant du bout des doigts sa fine couverture… trouée, enroulée sur un coin de sa paillasse. « Pas dans cet état ! » reprit-elle.
    Elrik serra les dents et fronça les sourcils plus fort qu’elle, exécutant une grimace peu distinguée avant de s'exclamer avec conviction : « Ah si ! »

    Dix minutes plus tard, la porte du placard qu’Ellia s’était aménagé dans un coin de la salle commune grinça devant lui. « Non, mais lâche mon bras ! Je veux pas dormir là ! » Elrik savait faire preuve de fermeté, n’est-ce pas.
    « Tu me remercieras demain ! Allez, allonge-toi, ferme les yeux, ne pense plus à rien.
    - En plus j’ai envie de vomir !
    - Hum oui et bien, nous maîtrisons les récurvite. Allez, je t’en prie, ça vaut mieux que tu dormes là. Demain sera un autre jour, dors, Rik. Dors.
    - Je maîtrise pas les récurvite Ellia. Pas du tout. Du tout. Du tout… Du tout…
    - D’accord. Allez, bonne nuit.
    - Du tout… Du tout… »

    Elle posa sa main sur son épaule, pendant qu’il s’asseyait – ou plutôt se laissait tomber sur le matelas avec l’élégance d’un éléphant boiteux. Ce matelas était tout doux, tout moelleux. C’était étrange. Un éclair d’incompréhension passa dans son regard, le temps de lui clouer le bec et qu’enfin, Ellia puisse s’éloigner et refermer doucement la porte.

    « Bonne nuit. » répéta Elrik, une fois plongé dans l’obscurité du placard. Il tourna la tête de part et d’autres. Le noir lui faisait du bien, ses yeux s’acclimatèrent rapidement, décelant un peu des agrandissements faits par magie pour rendre l’endroit vivable. Il hocha la tête, sujet à une admiration toute spontanée, puis laissa son esprit doucement atterrir, ainsi. Il ôta son stupide pantalon, s’étendit dos au matelas, attrapa les deux croix suspendues à son cou par la chainette dorée, ferma les yeux et finit par s’endormir, au beau milieu de sa prière.

    Elrik s’éveilla le lendemain sans ouvrir les yeux, d’abord. Ses autres sens s’activèrent en premier. Il frotta son visage tout contre quelque chose de singulièrement doux. Il serra son bras, rapprocha ce qu’il tenait de son corps, le pressa avec lenteur contre lui. Il soupira d’aise, comme jamais. Tout autour de lui flottait un parfum familier, infiniment apaisant. Un sourire se faufila sur son visage, d’ordinaire figé dans une expression impassible. Il entrouvrit les lèvres, et enfin s'autorisa à lever les paupières. Ses muscles s’étirèrent un à un. Il bougea le bras, la main pour épouser les lignes et les contours de ce qu’il tenait contre lui. Ciel que c’était agréable au toucher.

    Alors, son esprit revint à lui. Elrik s’écarta, se redressa…il regarda tout autour de lui, et ne tarda pas à être pris d'un vertige d'incompréhension. Mille questions fusèrent dans sa tête, en même temps qu'un sournois mal de crâne. Il fronça les sourcils, se gratta le front, descendit sa main sur son torse, nu. Il baissa les yeux et vit, pendant que son cœur gagnait un rythme plus soutenu, les contours plus clair de son caleçon.

    D'accord, Soldat. On se calme... On. Se. Calme. Il avait tout de même vécu suffisamment de situation à risque, et assez de réveil tumultueux pour s'interdire de paniquer comme un débutant. Juste, ce mal de tête incompréhensible, l'empêchait d'être en total possession de ses moyens. Mais il allait se reprendre très vite, et au trot ! Bon sang de bon soir ! Allez Soldat, un peu de nerf ! Il bascula sur ses genoux, tâtonnant devant lui. Il attrapa sur ce qui a priori était son treillis habituel et le passa sans tarder. Seigneur, qu'il se sentait barbouillé ! Ils n'avaient pour l'heure aucun souvenir ni information auxquels se raccrocher... Tant pis, l'essentiel était de se sortir de ce lieu clos. Sans tarder Elrik trouva les portes du placard et sortit. Dehors, la mémoire lui revint petit à petit face aux éléments de la réalité lui parvenant petit à petit... La salle commune des poufsouffle faiblement éclairée de quelques loupiotes... Assez pour qu'Elrik reconnaisse la porte du placard d'Ellia. Il venait d'en sortir... Une terreur foudroyante le fit trembler de la tête aux pieds. Par le Tout Puissant que s'était il passé la nuit dernière ?! D'un geste brusque Elrik ouvrit les portes de bois, en examinant l'intérieur... Rien. Le matelas au draps défaits, et... Une peluche. La chose toute douce qui lui avait tenu compagnie au réveil. Oh ciel... Le soulagement disparut alors aussi vite qu'il était venu ! Une honte carabinée lui tordit les boyaux. En poussant un soupire las, Elrik se retourna et découvrit Ellia, profondément endormie sur les fauteuils jaunes de la salle commune. Après hésitation, il s'approcha d'elle. Qu'est ce qu'il lui avait fait subir... Ciel. Quel con. Mais quel con. Oui, petit à petit, tout lui revenait. Elrik se pencha au dessus de son amie, se laissa aller à l'observer. Son visage n'était pas tout à fait paisible, ses doigts crispés autour de son écharpe verte et argent. Elrik détourna le regard vers le sol, il emprisonna ses lèvres entre ses dents un instant. La culpabilité le rongeait déjà presque aussi brulante et douloureuse que son mal de tête. En se résignant - il devrait bien endurer cette honte et se repentir, là pas le choix - Elrik s’avança vers les fauteuils, glissa une main sous l'épaule de la sorcière, l'autre sous genoux puis la souleva avec le plus de délicatesse possible des coussins pour ne pas la réveiller. Le temps qu'il l’emmène jusqu'à son matelas, prenant mille précautions, elle remua un court instant, détendit ses doigts contre son torse, pour resserrer le poing aussitôt et nicher sa tête contre sa poitrine. Il n'eut pas conscience qu'alors son cœur battait si fort qu'il aurait risqué de la réveiller. Mais sans tarder, Ellia fut de retour sur son matelas. Elrik déposa sa peluche entre les bras, il n'avait pas sa cape, cette fois-ci, pour la protéger. Imbécile !
    Sans tarder davantage, Monroe referma les portes.

    Cinq heures du matin. Il avait promis à Hauttefeuille de s'occuper de ses bêtes, il avait du pain sur la planche et ce n'était pas son piètre état physique ou son esprit torturé par ses erreurs qui y changeraient quoique ce soit. D'abord, salle de bain.

    Elrik s'y rendit, une fois ses affaires rangées dans son paquetage. En silence et le front plissé par les soucis, il se planta devant le miroir de la salle de bains. Il plaqua ses paumes contre ses yeux, les enfonça dans ses orbites jusqu'à se faire mal, en expirant, si possible : que toute sa douleur et son embarras cuisant sortent. Les flash de la nuit précédente lui revenaient. Le courtisane's, Caine, les liqueur, les gens, cette inconnue à qui il avait volé un baiser au coin des lèvres, le tourbillon, le jeune serveur des Trois Balais, Ellia et ... Corwin. Elrik redressa la tête sur l'instant. Il fut pris d'un léger vertige, des étoiles scintillaient devant son champ de vision, si bien qu'à première vue, dans le miroir il ne distingua rien du tout. Un coup au cœur lui fit baisser la tête à nouveau.

    « Mon Dieu, tu t'es vu ?! »

    Elrik sursauta, attrapa les bords du meuble de lavabo en braquant son regard soudain lumineux d'espoir en direction du miroir.

    « Corwin !
    - Elrik !
    - Mais t'étais où ?!
    - Oh un mort n'a-t-il pas le droit de reposer en paix cinq minutes ?!
    - Je.. J'ai eu vraiment... Vraiment peur que tu ne reviennes pas !
    - Et laisser mon frère tout seul face à tous ses démons ? Tu as bien peu de fois en moi Ricky, c'est pas très sympa... Remarque tu as toujours eu ce défaut !
    - Mais non ! J'ai cru que tu étais colère ...
    - J'ai des raisons de l'être ?! Voyons... Au choix le fait que tu donnes mon pull fétiche, honteusement dérobé, à la première gamine venue, une Serdaigle en plus ! Comme si de rien était ?! Ou que tu profites de la gentillesse de MA copine pour te faire dorloter ?!
    - Je...
    - Arrête de bégayer comme un idiot !
    - Je suis désolé pour le pull j'aurai pas dû... Et... Mais enfin je ne cherche pas à me faire dorloter ! Et elle n'était pas ta copine !
    - Ne sois pas désobligeant ! Tu as déjà assez de choses à te faire pardonner pour ne pas en rajouter à ton matricule ! En plus, tu as perdu la Bible que maman nous avait offerte, celle avec la fleur...
    - Comment tu sais ça ?!
    - Je vois tout, mon cher, tout. Qu'est ce qui t'arrive ?! Tu fais n'importe quoi !
    - Oui je sais... Je vais me racheter, je vais me reprendre. Tu vas m'en vouloir longtemps ?!
    - Pas plus que d'habitude, vu comme tu dois déguster ce matin... Nous sommes quittes. Enfin presque... »

    Presque oui, quand Elrik le rejoindrait de l'autre côté du miroir, alors ils seraient quittes. Ça, Corwin n'avait pas besoin de le dire, son frère le savait.

    « En tout cas, ce n'est pas comme ça que tu vas te débarrasser de moi !
    - Je ne veux pas me débarrasser de toi !
    - C'est rassurant ! Tu as vraiment déconné hier soir mon vieux...
    - M'en parle pas.
    - Ah, ça va aller ! Tu survivras Rikounet, tu survis toujours. Toi. »

    Elrik se mordit la langue, posa sa main sur le miroir en contemplant toujours avec ce même triste soulagement son image. Celle de son adolescence, celle de son frère. Cela faisait plus de vingt ans qu'il ne voyait plus que celle-là. Mais pour rien au monde, il n'aurait voulu que ça change.


Clos
Merci merci pour ce rp magnifique Ellia-chou, toujours un plaisir de les faite évoluer ensemble Calinou
et merci pour les conseils & l'autorisation de pnjiser Ellia ♥️



_________________

Spoiler:
 


Nous vaincrons lentement, mais sûrement !
- le club des escargots

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[Clos] You Don’t Owe Me Anything, But… | Vendredi 17.09.1999 | Tard dans la nuit, après le Courtisane's Nest | Elrik&Ellia

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